Qui était Théophile ?

Traduit de James Trimm


On enseigne souvent que les livres de Luc et des Actes ont été écrits à l’origine en grec, parce que Luc était un Grec qui écrivait à Théophile, qui avait aussi un nom grec. Cependant, la vérité sur cette question peut vous surprendre.

Qui était Luc ?

Luc a écrit les livres de Luc et des Actes et les a adressés à Théophile. Cela signifie que Luc a été responsable de l’écriture de 27,5% du contenu des livres du « Nouveau Testament ». Le « Père de l’Église » du quatrième siècle, Eusèbe, écrit à propos de Luc :

Luc, né à Antioche, médecin de profession, en grande partie lié à Paul, et connaissant bien les autres apôtres, nous a laissé deux livres inspirés, les instituts de cet art spirituel qu’il tenait d’eux. L’un de ces livres est l’Évangile, dans lequel il témoigne qu’il a rapporté, « comme ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la parole », ce qui lui a été livré, et qu’il a suivi en toutes choses. L’autre est Actes des Apôtres, qu’il a composé, non pas d’après ce qu’il avait entendu des autres, mais d’après ce qu’il avait vu lui-même.
(Eusèbe ; Eccl. Hist. 3:4)

Beaucoup ont conclu à tort, du fait que Luc porte un nom grec, et qu’il est né à Antioche, qu’il était soit un Grec, soit un Juif hellénistique, qui écrivait en grec.

Cependant, il n’était pas rare que des Juifs non hellénistes portent des noms grecs, et Antioche était une ville bilingue, capitale de la Syrie. Bien qu’il y ait eu une population parlant grec, les Syriens de souche parlaient leur langue maternelle, le « syriaque », qui était un dialecte de l’araméen. C’est pourquoi les Romains appelaient l’araméen « Syriacos ». Il est tout à fait possible que Luc ait été un Syrien devenu juif prosélyte et dont la langue maternelle était l’araméen. Il est également possible que Luc soit un juif né en Syrie, qu’il ait été helléniste ou non, mais qu’il parlait couramment l’hébreu et l’araméen.

Tout Luc nous est parvenu en araméen, et les 35 premiers versets nous sont également parvenus dans une ancienne version hébraïque.

Que Luc lui-même ait connu ou non le grec, la réalité est que Luc a très certainement été écrit dans une langue sémitique. Comme le dit Charles Cutler Torrey :

En ce qui concerne le Luc [grec], il reste à dire que de tous les quatre évangiles, c’est celui qui donne de loin la preuve la plus évidente et la plus constante d’être une traduction.
– C.C. Torrey ; Our Translated Gospels p. lix.

Qui était Théophile ?

Luc a adressé à la fois Luc et les Actes à un certain « Théophile ». Mais qui était Théophile ? Certains ont affirmé que Luc devait avoir été écrit en grec, car il s’adressait à un homme portant un nom grec. Mais comme nous l’avons souligné plus haut, il n’était pas rare que des Juifs non hellénistes aient des noms grecs.

Dans Luc 1:3, Luc attribue le titre honorifique « excellent ». En hébreu היקר
« honorable » (voir Strong 3368) et en araméen נציחא
« noble ». Ce titre nous donne un indice.

La réponse se trouve dans les écrits de Josèphe, dans ses Antiquités des Juifs. Josèphe fait référence à un grand prêtre de cette période nommé Théophile (37-41 après J.-C.) Théophile fils d’Anan (Antiquités 18:5:3). Il était issu de l’une des familles juives les plus riches et les plus influentes de Judée à l’époque (Antiquités 19:4:2). Ce Théophile n’était pas seulement le fils d’Anan (voir Luc 3:2), il était aussi le beau-frère de Caïphe.

Luc et Actes écrits à un prêtre

Il y a beaucoup de preuves internes que Luc et les Actes ont été écrits à un prêtre. Luc commence son évangile par le récit du prêtre juste Zacharie, et de sa vision d’un ange dans le Temple. Il passe rapidement à la purification de Myriam et à la consécration de Yeshoua au Temple, puis à l’enseignement de Yeshoua dans le Temple à l’âge de douze ans (le jeune Théophile pourrait bien en avoir été témoin, puisque son père était Grand Prêtre à l’époque). De plus, Luc ne fait aucune mention de Caïphe et de son rôle dans la crucifixion de Yeshoua (rappelez-vous, il s’agissait du beau-frère de Théophile). Et dans les Actes, Luc s’assure d’enregistrer la réunion de « Annas le Grand Prêtre, et Caïphe, et Yochanan et Alexandre, « et tous ceux qui étaient apparentés au Grand Prêtre » (Actes 4:6) à laquelle Kefa (Pierre) a parlé. Ces « parents » d’Annas et de Caïphe auraient certainement inclus le fils de Caïphe, beau-frère de Caïphe, Théophile, de sorte que Théophile aurait effectivement pris part à cette réunion !

Luc et Actes écrit à un sadducéen

La grande majorité des prêtres étaient sadducéens, et Théophile aurait certainement fait partie de cette catégorie. Les sadducéens ne croyaient pas à la résurrection, à la vie après la mort ou aux anges.

Luc insiste particulièrement sur la résurrection littérale et physique de Yéchoua, avec le récit de Thomas qui doutait (Luc 24:39) et avec le récit de Lazare et de l’homme riche sur la vie après la mort (Luc 16:19-31). Luc commence par un récit de la vision d’un ange par Zacharie dans le Temple, et inclut le récit de Yéchoua réconforté par un ange (Luc 22:43).

Toutes ces preuves mènent à la conclusion que Luc a écrit son livre en hébreu ou en araméen, à Théophile le grand prêtre, qui était un sadducéen. Ces informations jettent une grande lumière sur le contenu des livres de Luc et des Actes.


Nous remercions James Trimm pour son œuvre de restauration nazaréenne, et vous invitons à visiter son site anglophone www.nazarenespace.com et à le soutenir dans son œuvre.